Jolies fifties

galliera-annes-50-affiche

Ces derniers temps, j’étais un peu fâchée avec le musée _ pardon, le palais _ Galliera. Les expos Paris Haute Couture et Alaïa étaient certes très belles, mais m’avaient semblé manquer de fil directeur et, surtout, leurs cartons boursouflés de lyrisme au mépris de la pédagogie m’avaient quelque peu exaspérée. Et que dire de Papier glacé : de belles photos, mais surtout une gigantesque pub pour Condé-Nast? Tout cela m’avait fait franchement douter d’un musée et d’un homme (Olivier Saillard) qui m’ont pourtant donné certaines de mes expositions favorites à ce jour. Par chance, je suis allée visiter Les années cinquante il y a quelques semaines, et depuis, ça va mieux. Continuer la lecture de « Jolies fifties »

Film de style : Deux têtes folles – 1964

Paris when it sizzles - Carlotta Stermaria title

Paris when it sizzles - Carlotta Stermaria opening credits

Je croyais avoir vu tous les films « parisiens » de cette indestructible icône qu’est Audrey Hepburn, aussi ai-je été surprise en remarquant que Deux têtes folles (c’est son titre français) m’avait échappé. Après visionnage, je comprends mieux : même l’illustre Hepburn a tourné des nanars. J’exagère un peu mais tout de même : à la limite du film à sketches _ un auteur et sa secrétaire essaient d’écrire un scénario en trois jours _ assez casse-pieds à suivre, le film m’a semblé plutôt oubliable (sans parler de l’énervante tendance d’Hollywood à coller Hepburn avec des messieurs incompréhensiblement plus âgés)… Pas grave puisqu’on le rappelle : cette rubrique s’intéresse plutôt aux costumes, et notamment ceux qu’a créés pour l’actrice Hubert de Givenchy.  Continuer la lecture de « Film de style : Deux têtes folles – 1964 »

Pourquoi coudre?

rene-gruau-tissus

« Les vêtements cousus à la main redoublent le sentiment qu’ils font corps avec nous, avec notre chair, mais aussi avec celle qui, patiemment, les a mis à notre taille ».

Je suis en train de lire dressing, de Jane Sautière, et il a fallu cette phrase pour que j’écrive enfin ce billet. Voilà. C’est pour cela que je couds. Pour trouver, au-delà des vêtements anonymes du prêt-à-porter, quelque chose qui fasse corps avec moi. La raison pour laquelle la question du style (qui n’est pas seulement vestimentaire) me passionne autant. Le style, c’est pour moi ce qui, matériellement, vestimentairement, littérairement, cinématographiquement, signe une personnalité. Si je ne crois pas que les personnes élégantes valent mieux que les autres (oh! que non), je suis néanmoins fascinée par la question. J’adore que la garde-robe d’un personnage de film me dise sur lui tant de choses que le scénario n’aborde jamais. Elle fait partie de lui.

Je ne suis pas un personnage de fiction, mais j’ai toujours rêvé d’avoir, moi aussi, un costume qui dise au monde qui je suis. Et pour prouver ma singularité (et répondre à mes exigences vestimentaires), quoi de mieux que d’apprendre à coudre? C’est ce que j’ai commencé à faire il y a six ans, et je crois pouvoir dire que je me connais un peu mieux depuis. Porter la jupe corolle plutôt que droite, aimer l’étreinte d’une ceinture ou au contraire, l’aisance d’une blouse…  Au-delà de la question du style, je crois que coudre, c’est s’intéresser à son corps : le regarder, le mesurer, le parer, parfois le réparer. Prendre le temps de réfléchir, de fabriquer, à petits points (j’ai bien sûr une machine, mais j’aime les finitions à la main), à son rythme, ce qui va nous aller. Une forme d’attention tout à fait spéciale.

Film de style : Voulez-vous danser avec moi – 1959

Ce qu’il y a de bien avec le fait d’aimer autant les fringues, c’est que si les costumes sont bons, il importe parfois peu que le film le soit. C’est le cas de Voulez-vous danser avec moi, comédie légère assez nanard sur fond d’intrigue policière, et véritable ode à Brigitte Bardot. La jeune star est à l’époque un phénomène sans précédent, et le film est surtout un prétexte à la voir soupirer, râler, séduire et faire la moue. Tout un programme.

Pas grave : sa garde-robe est signée Jacques Esterel, celui qui signa la même année sa plus que célèbre robe de mariée en vichy rose et qui, s’il n’a pas aujourd’hui la renommée d’un Saint-Laurent ou d’un Givenchy, a eu néanmoins une influence considérable sur la mode de l’époque. Autant dire que je me suis régalée : le film est un festival de tailles hautes et si certaines tenues ont beaucoup vieilli, d’autres demeurent plutôt inspirantes. La suite ici…

One good thing about being a fashion lover is that if the costumes are good, I don’t really care when the film is not. It’s definitely the case for Voulez-vous danser avec moi? (« do you want to dance with me? »). The whole film is rather a pretext to watch the young Brigitte Bardot (who was a rather unique character at the time) sighing, moaning, smiling, pouting and throwing tantrums.

Anyway, her dresses are made by Jacques Esterel, who designed her famous pink gingham wedding dress the same year. The designer may not be as famous as Yves Saint-Laurent or Hubert de Givenchy, but he definitely had a considerable influence on fashion at the time. I rather enjoyed watching the movie : some of the outfits are definitely outdated, but some details remain inspiring. Continuer la lecture de « Film de style : Voulez-vous danser avec moi – 1959 »

Film de style : Lolita – 1997


Après le cru 1962, il semblait logique de faire du Lolita d’Adrian Lyme mon prochain « film de style ». Malgré quelques faiblesses (quelques séquences bien trop hamiltoniennes pour ne pas faire cliché, ou celles, grotesques, de la parano d’Humbert et de la mort de Quilty), il m’a davantage plu que celui de Kubrick (hé oui!). Il a l’intelligence de situer le film dans le contexte d’origine du livre, celui de la fin des années 40, où s’ébauche l’Amérique rutilante des drugstores, des Buicks et des Ice cream sodas. Sur la route parcourant les infinis paysages américains, de motel en station service, on imagine volontiers Humbert et Lolita croisant un instant Jack Kerouac.

Cette époque influence aussi le statut (et le look) de Lolita : l’adolescence n’a pas encore l’importance qu’elle prendra au tournant des années 60, et l’allure de la Lolita campée par Dominique Swain alterne perpétuellement entre gamine et femme fatale. Et puis, autant l’avouer : j’ai un faible pour la mode années 40, et pour Jeremy Irons. La suite ici

After the 1962 movie, it seemed fair to write aboute the 1997 adaptation of Lolita by Adrian Lyme. Despite a few flaws (some parts remind me too much of John Hamilton’s photography, the paranoïa and the murder of Quilty are not far from grotesque), I preferred this adaptation to Kubrick’s one (I disappoint myself on this one). More faithful to the novel, the movie takes place in the end of the forties, which is much more interesting in regard of Lolita’s status, since teenagehood is very different from what it is in the beginning of the sixties in the Kubrick movie. Dominique Swain’s Lolita is not exactly a teenager : her allure perpetually hesitates between simply childish and much more womanly features. And oh well : I do have a weakness for forties fashion and prints, and for  Jeremy Irons. Continuer la lecture de « Film de style : Lolita – 1997 »

Film de Style : Lolita – 1962



Je me demandais bien quel film traiter (dur de passer après mon film favori) dans cette seconde édition des « Films de Style ». Je cherchais un film en accord avec mes préoccupations du moment : tournant autour d’une garde-robe d’été, si possible vers la fin des années 50 ou du début des années 60, car j’aime le tour plutôt rafraîchissant que prend la mode pendant ces années là (celle du début des années 50 est bien trop empesée à mon goût). La garde-robe junior arborée par Sue Lyon dans Lolita correspondait parfaitement à cette envie.

Le film, qui comprend assez peu de tenues (les personnes en charge de la garde-robe n’ont même pas droit à un carton à elles au générique), prend quelques libertés avec le roman : l’attirance doublée de fascination d’Humbert Humbert pour les nymphettes y est passé sous silence : il y est simplement un type tombé amoureux d’une jeune fille aussi attirante que capricieuse, belle mais vulgaire. Comme souvent chez Kubrick, je n’y ai aimé aucun des personnages féminins ; j’ai en revanché apprécié les vêtements de l’héroïne, finalement assez au goût du jour. Je me suis prise à penser assez fréquemment à American Apparel, pour les pantalons tailles hautes ou les volumineux jupons de Lolita. La suite après le clic…


I wondered which film could pass after my favorite in this Stylish movies series. I was looking for a film with a summer wardrobe, preferrably around the end of the fifties or the early sixties (I love how fresh the fashion tends to be in these years). Sue Lyon’s junior wardrobe in Lolita was the perfect answer.

There are but few outfits in this film (the people in charge of costumes are not very visible in the credits), which takes some liberties with the novel, not mentioning Humbert’s attraction and fascination for nymphets. He’s just a litterary guy falling for an attractive and capricious teenager, beautiful yet vulgar ; as often with Kubrick, I didn’t like any of the female characters. I enjoyed however Lolita’s clothes : many of them could be worn today, and from the high-waisted trousers to the puffy crinoline, most made me think of American Apparel. Continuer la lecture de « Film de Style : Lolita – 1962 »

Film de style : les Demoiselles de Rochefort – 1967

Il y a des œuvres qui vous accompagnent toute votre vie. La première fois que j’ai vu de brefs extraits des demoiselles de Rochefort, c’était dans ma petite enfance, au cours d’une émission, peut-être à l’occasion du décès de Jacques Demy, je n’en sais rien. Ce que je sais en revanche, c’est que le demi-tour des jumelles sous leurs capelines, la course dansante de Delphine, m’avaient subjuguée à tel point que je n’ai eu de cesse de guetter les écrans pour retrouver ces images, pour en savoir et en avoir plus, jusqu’à l’adolescence.

Je me souviens de l’exultation qui s’est emparée de moi lorsque j’ai découvert pour la première fois ce générique ensommeillé sur un pont transbordeur. Ce film est devenu mon talisman ; face à lui, je perds tout sens critique : mon cœur chavire au récit de la rupture futile d’Yvonne et Simon, rien ne saurait me rendre ridicule le dîner en alexandrins et les soeurs Garnier ne sont même pas trop maquillées. Il m’a façonnée, aussi : j’ai un indéfectible penchant pour les uniformes marins, rêve d’une ville peinte par Bernard Evein, et pense que les robes que portent les jumelles lors du final seraient les plus belles des robes de mariées ; certain mémoire sur le lyrisme dans le cinéma de Jacques Demy attend toujours que je l’écrive.

Aussi était-il normal que ce film inaugure cette nouvelle rubrique, honteusement piquée à celle qui est à mes yeux la maîtresse du genre : Géraldine, dont les films bien sapés ne sont plus à présenter. Les personnages de film ont cet avantage sur nous, pauvres humains, qu’ils arrivent avec une personnalité souvent délimitée, un cadre de vie, un entourage, un milieu déterminés. Ils ne cumulent pas comme nous les erreurs de shopping (ou bien celles-ci sont voulues par le scénario ou la costumière), ne transportent pas dans leurs placards des années à se chercher. Leurs vêtements au contraire contribuent à les définir  et à en exprimer les sentiments: à mes yeux, la plus parfaite définition du style.

Je ne connais pas de façon plus parfaite d’invoquer le printemps que de visionner ce film solaire, porté par les non moins solaires (et stylées) sœurs Dorléac. Et ne résiste pas à la bande-annonce cru 1967. La suite après le clic

I was very young the first time I saw some very brief extracts of Les demoiselles de Rochefort. I didn’t know what this movie was, but I have never been satisfied untill I finally saw the movie in my teenage years.  I was completely exhilarated when I first saw the film credits appear during the dreamy ballet that takes place on a transporter bridge. This film has been my lucky charm ever since and in a certain way even made me who I am : a sailor-loving girl dreaming of a town painted by Bernard Evein, thinking the white dresses the twins wear at the end of the film are the ultimate wedding dress. I’m even supposed to write a memo on lyricism and Jacques Demy!

That’s why I open with this film a new category (but if you read French I consider Géraldine to be quite the master at this exercise): film characters are lucky enough to have a very defined personnality, way of life, circle… They don’t make shopping errors (unless those are decided by the scenario or the costume designer), don’t carry a wardrobe made of repeated attempts to find something that suits them. On the contrary, clothes are often a major factor, defining their personnality and expressing their feelings. Isn’t it what style should be?

So, as an invocation for spring, I give you the sunniest movie (and the sunniest cinema sisters that ever were). Have a look at the 1967 trailer! It’s excellent. Continuer la lecture de « Film de style : les Demoiselles de Rochefort – 1967 »